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Connaître

Les mécanismes universels de la connaissance

Les amibes et les hommes, mêmes méthodes

Quand on parle de « connaissance » on pense évidemment à l’espèce humaine et à son langage qui lui permet de représenter et de transmettre n’importe quelle situation, concrète et abstraite, de développer aussi bien la poésie que le raisonnement rationnel mais aussi, nous le verrons, de faire des discours apparemment sensés et qui sont en réalité complètement vides de signification.

On parle aussi du langage de certains animaux. Même si on leur dénie toute possibilité de conscience (d’eux-mêmes et des autres), on voit bien qu’ils acquièrent une certaine connaissance de leur environnement sans laquelle ils seraient incapables de survivre.

Ils ont en commun avec nous un système nerveux et c’est en utilisant les mécanismes constitutifs du vivant appliqués au cerveau (instabilités, ressources de l’environnement, causalité circulaire, émergence, hiérarchie enchevêtrée), et avec eux seuls, qu’ils doivent construire un système de connaissances leur permettant d’adopter des comportements pertinents pour faire face aux menaces comme aux opportunités de leur environnement.

Peut-on aussi parler de « connaissance » quand il s’agit d’organismes, vivants ou non, ne possédant pas de système nerveux ? La réponse est oui car ce sont des mécanismes identiques qui sont à l’œuvre.

La signification, une structure compatible avec une expérience vécue

Une connaissance n’est pas la transposition en langage interne d’une donnée externe au vivant ; c’est quelque chose qui est d’une autre nature. Le gant est une transposition de la main ; on peut établir une correspondance biunivoque entre les doigts de l’un et ceux de l’autre. De même il y a le même type de relation entre une photo et son fichier informatique ; dans ce cas, la transposition est plus complexe mais elle existe.

Examinons maintenant le cas d’un drone, cet avion sans pilote à qui on donne la mission de déclencher des prises de photo à intervalle régulier quand il se trouve à l’intérieur d’un polygone bien défini. Il a besoin de « connaître » s’il est à l’intérieur ou à l’extérieur du polygone. Notion complexe, comment la définir ? Réponse : il ne va pas chercher à modéliser la notion intérieur/extérieur ; il va compter tout simplement combien de fois une demi droite partant de là où il se trouve coupe le périmètre du polygone : si ce nombre est impair, il est à l’intérieur ; si ce nombre est nul ou pair, il est à l’extérieur.

Dans cet exemple, on voit que pour une même donnée externe, à savoir la position relative du drone par rapport au polygone, le programmeur s’intéresse à la connaissance « intérieur ou extérieur », le drone, lui à une autre connaissance « pair ou impair », ce qui est d’une toute autre nature. Dans le cas du drone, le programmeur lui a incorporé une nouvelle connaissance : distinguer pair et impair.

Une même réalité peut donc être modélisée de plusieurs manières dont la signification semble complètement différente. Un oeil perçoit des couleurs là où le physicien voit des rayonnements électromagnétiques ; Einstein voit un espace courbe là où Newton postule l’existence d’une force d’attraction gravitationnelle ; Pierre Rabbi voit dans un arbre toute la beauté du monde là où son compagnon apprécie le bois de chauffage pour l’hiver suivant ; Magritt peint un tableau alors que celui qui le regarde pense voir une pipe etc..

Mise à jour le 09/05/2010

 

 

 

 

 

Un empilement depuis l’enfance

Il en est de même pour le vivant : un événement ou un objet extérieur complètement nouveau pour l’organisme vivant est transformé par lui en une modification de sa structure (une modification des connexions neuronales pour les organismes qui sont pourvus de cerveau) le conduisant à la construction d’un état dynamique stable compatible avec la perturbation nouvelle et les états antérieurs du système qui n’ont pas tous été transformés. Pour l’organisme vivant, il ressent cette nouvelle stabilité comme une connaissance nouvelle (une signification).

 

La couleur bleue n’existe pas dans la nature où on ne trouve que des rayonnements électromagnétiques de différentes longueur d’onde. Mais depuis ma plus tendre enfance, j’ai entendu le mot bleu associé à mes premières expériences sensorielles quand j’ai manipulé des objets colorés en « bleu ». Et comme à chaque nouvelle expérience avec la même couleur, le même mot revenait dans la bouche de mes éducateurs, j’ai identifié cette expérience et je l’ai appelée : bleu.

 

Ma connaissance du bleu n’est autre que cet invariant vécu, cet état stationnaire de mon cerveau  quand je suis mis en présence de cette couleur. Ainsi naît pour chacun la signification des mots. J’ai eu par la suite de nombreuses expériences visuelles qui m’ont conduit à enrichir et à nuancer cette notion : « les couleurs de base, le clair et le sombre, le bleu ciel-pervenche-outre mer-de Sèvre… ».

 

Ce que j’ai intériorisé comme étant la couleur bleue, repose ainsi sur l’ensemble de toutes ces expériences qui m’ont conduit au même état dynamique stable des branchements des neurones de mon cerveau.

Ce mécanisme d’acquisition de connaissance a la propriété de pouvoir se complexifier à l’infini : des notions de base, on passe aux phrases, aux sentiments, aux raisonnements, à la poésie etc.

Pour chacun d’entre nous, tout repose en définitive sur ses expériences concrètes personnelles qui s’empilent les unes sur les autres depuis notre plus tendre enfance. Nous construisons pour nous la signification des mots, des phrases, des raisonnements etc. Le tout est indissociable de toutes les expériences que nous avons vécu.

 

 

Les mots n’ont pas pour tous la même signification

Les personnes ayant grandi dans une communauté homogène donnent aux mots à peu près la même signification. Mais le mot « faim » provoque t’il la même résonance dans la tête d’un enfant dénutri et dans celle d’un enfant qui attend impatiemment son goûté ?

 

Même genre de questions quand il s’agit d’échanger entre tenants de la croissance et du développement et les décroissants altermondialistes, entre Juifs, Chrétiens, Musulmans, Bouddhistes, Athés, entre les hyper riches et les hyper pauvres etc.

Cette réalité est incontournable et explique tous les dialogues de sourds qui nous empêchent tant de rencontres enrichissantes.  

 

To fit or to match  convenir ou correspondre

... Par une nuit sombre et orageuse, un capitaine doit, sans balises ni rien qui puisse l'aider dans sa navigation, traverser un détroit qui ne figure sur aucune carte maritime. Dans cette situation, ou bien il échoue son bateau sur les rochers, ou bien il passe le détroit et retrouve la sécurité de la pleine mer. S'il perd à la fois son bateau et sa :vie, son échec prouve que la route qu'il avait choisie n'était pas la bonne. On peut dire qu'il a découvert, en quelque sorte, ce que la traversée n'était pas. Si, par contre, il traverse le détroit, son succès prouve simple­ment que, littéralement, son bateau n'est pas entré en collision avec la forme et la nature (autrement inconnue) de la voie navigable. Mais il ne le renseigne en rien sur le degré de sécurité ou de danger dans lequel il se trouvait à chaque moment de la traversée. Le capitaine a traversé le détroit comme un aveugle. La route choisie a convenu à la topographie inconnue, ce qui ne signifie pas qu'elle lui ait correspondu - si on prend le terme de correspondance au sens où van Glasersfeld l'utilise -, autre­ment dit, que la route ait correspondu à la réelle configuration géographique du détroit. On peut facilement imaginer que la réelle configuration géographique du détroit permette des tra­versées plus sûres et plus courtes.  ...

Paul Watzlawick   L'invention de la réalité

 

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