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L’ordre à partir du chaos

Rencontres, corrélations, émergences

Il existe de nombreux systèmes capables de créer du radicalement nouveau ; ils sont de nature très variable. Parmi leur constituants, il y a fréquemment le mécanisme de rencontre aléatoire, qu’il s’agisse du choc de deux molécules dans un gaz ou de la rencontre de deux personnes. Le mécanisme d’auto-organisation, donc d’émergence, découle de ce qui se passe au niveau de la rencontre assimilable à une instabilité.

Les corrélations entre les trajectoires des molécules après leur rencontre étant difficiles à imaginer,  nous allons exceptionnellement partir du plus complexe - la rencontre humaine - pour revenir ensuite au plus physique - la rencontre de deux molécules - les phénomènes étant étonnamment similaires.

Deux personnes se rencontrent pour la première fois. Chacune a déjà un passé. Si la rencontre est marquante, ces deux personnes ne sont plus tout à fait les mêmes après la rencontre qu’avant, que ce soit d’un tout petit peu ou de beaucoup. On appelle ça une corrélation ou une résonance. Après la rencontre chacun repart de son côté mais s’en souvient, consciemment ou inconsciemment. Si ces deux personnes se rencontrent à nouveau, cela fait ré-émerger ce qui s’est passé la première fois en l’amplifiant : un sourire bienveillant comme peut-être une marque d’hostilité. Nous sommes en présence d’un mécanisme auto- amplificateur. Apprivoiser/dresser un animal (ou une personne !) repose sur ce même mécanisme : répéter des actes bienveillants et/ou des actes d’autorité. Il y a accumulation de corrélations, de résonances entre les deux êtres.

Quand ces personnes rencontrent à leur tour de nouvelles personnes, elles vont les rencontrer avec dans leur tête les résonances issues de la première série de rencontre. Leur attitude ne sera pas tout à fait la même que celle qu’elles auraient eu sans ces rencontres. Ceci est vrai aussi bien dans un contexte de rencontre amicale que dans un contexte de rencontre hostile.  

Le choc des molécules

Revenons maintenant au choc des molécules dans un gaz. Avant que deux molécules de ce gaz ne se rencontrent, une infinité de trajectoires étaient possible après la rencontre car elles forment un mécanisme « très sensible aux conditions initiales », assimilable à une instabilité. Après leur rencontre, deux seulement de ces trajectoires ont été retenues, une pour chaque molécule. Ces deux trajectoires ne sont pas quelconques l’une par rapport à l’autre, bien qu’elles aient des positions qui semblent aléatoires. Elles ont quelque chose en commun. Henri Poincarré a étudié ce mécanisme et l’a appelé « résonance ».

Il est exceptionnel que ces deux molécules se rencontrent à nouveau , mais à chacune de leurs collisions, de proche en proche, des résonances nouvelles s’installent et se propagent. Dans l’apparent désordre et le mouvement brownien qui les anime, les trajectoires des molécules ne sont plus indépendantes : chacune a quelque chose à voir avec les autres  et c’est précisément cette relation qui rend possible les cellules de Bénard, les horloges chimiques etc. . Les formes stables que l’on voit émerger s’appuient sur une dynamique « stationnaire » sous-jacente, c’est à dire que l’apparence ne bouge pas alors que les éléments qui la constitue ne cessent de se déplacer et de se transformer.

Multiplier ainsi toutes ces rencontres à l’intérieur d’un groupe humain, dans une ville par exemple, pourra conduire à l’émergence d’un comportement privilégié, l’esprit de la ville. Une réaction fortuite et mineure à l’origine, s’amplifie, se sélectionne et se renforce au fil d’innombrables rencontres pour finalement devenir bien visible. Quand l’émergence a lieu, ce qui n’est pas toujours le cas, ce n’est nullement un miracle mais l’oeuvre collective et inconsciente des personnes impliquées, à la fois l’oeuvre de chacun et l’oeuvre de tous. Voir par exemple : Le meurtre fondateur des religions.

La vie : une alternance de métamorphose et de routine

Quand les ingrédients nécessaires sont présents à l'intérieur d’une plage de variation favorable (dynamique du système, présence de corrélations entre les constituants, mécanismes antagonistes) il peut se développer des comportements collectifs, où les constituants s’organisent spontanément dans le temps et dans l’espace.

Ces processus constituent l’un des principaux mécanismes d’émergence d’ordre dans la nature, que ce soit dans les systèmes physiques ou chimiques, ou dans les organismes vivants.

Université Libre de Bruxelles   Laboratoire de Prigogine

 

Le mécanisme d’émergence est à la fois banalement reproductible et largement ignoré. Or en période de crise profonde telle que celle que nous traversons, il serait dramatique de ne pas savoir que quelque chose de radicalement nouveau peut surgir spontanément du chaos apparent des situations. Mais il faut bien garder à l’esprit certaines règles de l’émergence. D’abord les ingrédients à rassembler : un système dynamique complexe, des instabilités et/ou des rencontres, des processus antagonistes. Il faut aussi accepter le fait que personne ne peut savoir la forme que va prendre l’émergence, ni d’ailleurs si elle va émerger. Dans le cas de la crise planétaire actuelle, il est donc vain d’élaborer des modèles alternatifs, car ils seraient des propriétés, non de l’ensemble des humains, mais de la représentation mentale de quelques cerveaux, même si ces cerveaux étaient géniaux. C’est probablement là que se trouve la cause profonde de l’échec de toutes les révolutions, pourtant généralement bâties au départ sur des idées généreuses, et qui se terminent toutes dans le sang et l’oppression : l’inquisition des catholiques, la Terreur des révolutionnaires français, le goulag des communistes, la croissance économique illimitée, la mise en place de la démocratie au Moyen-Orient etc.

Il conviendrait plutôt de réfléchir à ce que pourrait être, dans une situation donnée, le comportement individuel (et pas nécessairement uniforme)  qui favoriserait la possibilité d’une émergence favorable.

Puisse cette présentation du Vivant contribuer à changer notre regard  sur ce que nous pouvons faire, individuellement et collectivement et sur ce que nous devons à tout prix éviter.

On peut compter sur l’émergence

Dans la transformation du boulanger, nous avons vu que deux points, « infiniment » proches au départ avaient rapidement des trajectoires de nature très différentes, l’une chaotique, l’autre cyclique. Il en est de même dans tous les systèmes vivants.

Quand le système vivant est dans un environnement stable, les processus qui animent le vivant fonctionnent également de manière stable : le système est au repos ou se comporte de manière routinière.

Survient une perturbation de l’environnement. Si cette perturbation est minime, le système retrouve très vite sa routine antérieure : le chat se rendort, le syndicaliste retrouve les avantages acquis, les économistes le retour de la croissance etc.

Si la perturbation dépasse en intensité un certain seuil, le système ne peut plus s’y adapter. Il bascule alors dans un état chaotique. Et là, soit il se détruit complètement, soit il retrouve une nouvelle structure émergente qui relie ses composants d’une autre manière et s’installe dans un nouveau fonctionnement routinier, radicalement différent de l’ancien : la larve se transforme en papillon, la pêche excessive transforme irrémédiablement la faune marine, je change radicalement de regard sur telle situation. Puisse l’humanité sortir de la crise actuelle en se métamorphosant !

Telle est la plasticité du vivant. C’est ainsi que nous nous adaptons, que les poireaux, les vers de terre, les arbres, les civilisations s’adaptent.

Routine et métamorphose

Tout système vivant s’adapte aux aléas de son environnement en sautant de la routine au chaos, puis en trouvant une nouvelle structure stable émergente etc. ... jusqu’à la destruction finale.

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Mise à jour le 10/01/2010