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Le meurtre fondateur des religions

Examinons maintenant ce qui se passe quand les relations ne sont plus interpersonnelles mais quand elles ont lieu à l’intérieur d’une foule. Et projetons nous au moins dix milles ans en arrière, à l’aube de l’humanité, quand il n’y avait pas encore de lois ni de police pour les faire appliquer.

Le déclenchement de la crise mimétique

Une nouvelle série de schémas va représenter le déroulement d’une crise mimétique à l’intérieur du clan ; chaque flèche représente une personne en présence de toutes les autres.

Partons d’un état calme et paisible. Survient alors une tension provoquée par la perception d’un objet quelconque non partageable : le pouvoir est resté trop longtemps dans les mêmes mains ou il n’y a pas assez de femmes dans le clan, ou la sécheresse a provoqué un manque de nourriture etc.. Quelque soit la cause initiale de conflit entre deux membres du clan à propos d’un objet non partageable,  un processus instable est déclenché. Par imitation réciproque, l’opposition gagne l’ensemble des membres du clan et le niveau de violence s’accroît indéfiniment. C’est ce que René Girard a appelé la crise mimétique.

Cette lutte de chacun contre tous, sans aucune régulation possible car dans un contexte d’avant les lois et d’avant la police ne peut qu’augmenter en violence et ne s’arrête que par une catastrophe : il est certain que bon nombre de groupes humains se sont auto-détruits de la sorte.

Comment s’est organisée la vie collective dans le clan, dont les membres avaient des cerveaux tout aussi développés que les nôtres, mais qui ne disposaient pas de manuel de savoir vivre ni de juridiction mais qui avaient à vivre en groupe pour survivre.

 

La découverte d’une victime émissaire

Aucun des acteurs de cette crise ne comprend ce qui se passe. Ils ne perçoivent pas la cause de leur malheur... sauf s’ils parviennent à découvrir un coupable !  

Un coupable au sens de cause de leur malheur. Pour être coupable il n’est nullement besoin d’être plus méchant que les autres, il suffit d’être différent. Dès que deux personnes se sont aperçues qu’il y en avait une qui boitait, le voilà le coupable ! Il n’est pas comme nous. Le bon coupable est celui qui se distingue des autres, celui qui a le plus d’or sur les bras, qui a la plus belle femme, qui boite, qui n’a pas la même couleur de peau, qui a des coutumes inhabituelles etc.

Une fois que deux personnes se sont mises d’accord pour dire :  voilà le coupable, une troisième les voit en train de se focaliser sur ce malheureux coupable. Et bien voilà, maintenant nous sommes trois à avoir compris. Et quand un quatrième en voit trois désignant le coupable, la chose devient de plus en plus évidente, bientôt pour tout le clan.

La capacité d’imitation de chacun  a produit le coupable.

Le meurtre de la victime émissaire

Alors quand les membres du groupe ont trouvé la cause de leur malheur, ils s’en débarrassent, ils l’expulsent du clan.

C’est de bonne foi, car ils n’ont pas d’autre explication à la crise et c’est généralement une expulsion violente, un meurtre.

Mais la manière de tuer doit impliquer le moins possible les membres du groupe. La lapidation est une oeuvre collective car la pierre qui tue est anonyme. Et d’ailleurs c’est en identifiant celui qui allait jeter la première pierre que Jésus a arrêté la lapidation de la femme adultère. Il y aussi la projection dans le vide du haut d’une falaise, l’abandon dans le désert, toutes méthodes qui permettent de ne pas toucher la victime.

Le groupe retrouve son unité

Au paroxysme de la violence, le groupe expulse celui qu’il pense être la cause de son malheur et soudain le calme revient.

Chaque membre du groupe constate qu’une force extraordinaire a réconcilié le groupe avec lui-même et la seule hypothèse raisonnable est que c’est l’expulsé qui, d’où il est maintenant, a accompli ce prodige car à l’évidence ce n’est aucun de ceux qui ont survécu qui a pu faire cela.

Voilà l’interprétation rationnelle que fait chaque membre du groupe pour décrire ce qu’il vient de vivre : une violence s’empare progressivement du groupe, le personnage qui est la cause de cette violence est identifié, il est expulsé du groupe, devenu invisible, il renvoie au groupe la paix.

Le groupe a découvert une force transcendante à chacun de ses membres : il a inventé le sacré.

Une autorité qui s’impose à tous

Il y a dorénavant une autorité transcendante qui s’impose à tous. Une histoire racontée dans les mythes, des célébrations rituelles qui refont l’unité du groupe et des lois auxquelles tous sont soumis (sauf parfois ceux qui sont les représentants sur terre de l’autorité sacré !)

Ainsi est né l’hétéronomie. Si les humains sont tous égaux, ils sont tous soumis aux mêmes lois imposées de l’extérieur de la communauté par une autorité transcendante. Il y a également dans les communautés humaines, mais au dessus d’elles, des êtres visibles ou invisibles qui sont plus que des humains : les pharaons étaient des dieux ; les rois et les empereurs sont sacrés, et que dire d’un président au dessus des lois sinon que l’organisation de la société est encore de nos jours toujours hétéronome.

L’invention de la religion

Le Mythe. Il reste alors à raconter l’histoire, aussi bien que possible. La victime expulsée n’est plus là pour exprimer son point de vue et les autres ont une vision cohérente et unanime. La description du meurtre est adoucie d’une part parce qu’aucun n’y a participé de manière décisive, d’autre part parce personne n’a pu assassiner un être surnaturel.

Les rites. Quand un nouvel épisode de violence est en train d’apparaître, il est temps de refaire ce qui a si bien marché une première fois. Ainsi sont apparu les sacrifices humains, puis adoucis en sacrifice d’animaux.

Les interdits. Le groupe se met aussi d’accord pour interdire ce qu’il a repéré comme étant favorable au déclenchement de la violence.

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Mise à jour le 10/03/2010

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