Le Vivant.Lois physiques.Lois métaphysiques.Nouveaux regards.Liens et références.
Qui je suis
Que savons-nous du Vivant ?
Tilleulc.JPG

La violence humaine n’est pas une propriété génétique de notre espèce. C’est une construction culturelle dont les composants essentiels sont peux nombreux et faciles à appréhender. Le génie de René Girard est d’avoir développé un raisonnement systémique et d’avoir ainsi identifié des causalités circulaires (ou réparties) là où d’habitude on ne prend en compte que la causalité immédiate (sitôt le coup, la bosse).

 

Nous examinerons d’abord le système de deux personnes en situation d’échange dynamique : le nouveau né et sa mère, l’enfant et son père puis ses éducateurs, l’adulte et ses pairs.

Les constituants du système que nous allons utiliser sont simples, mais c’est leur enchaînement dynamique, depuis la naissance jusqu’à l’âge adulte, qui par empilements successifs et par leurs effets progressifs, va aboutir à la violence : il s’agit du désir et de l’imitation dans un contexte dynamique de répétition.

Moi et l’autre

Le nouveau-né désire ... vivre. Il ressent des manques et n’a aucun mot pour les exprimer. Il désire mais ne dispose pas de mode d’emploi pour savoir ce qu’il doit désirer. Il expérimente des relations régulières et fréquentes avec sa mère. Il a faim, il crie et sa mère lui donne à manger : il désire manger ; son désir est comblé.

Ces échanges en forme de boucle se produisent des milliers, des millions de fois. La faim, l’inconfort, le comportement et le discours de la mère suscitent ces boucles. Après chaque échange, la transformation est parfois imperceptible ; c’est leur accumulation qui provoque peu à peu l’apparition de connaissances nouvelles et surtout l’oubli des situations concrètes qui les ont provoquées.  

Le désir humain

Chacun de nous est passé par un chemin singulier, mais il y a des étapes significatives que l’on peut décrire schématiquement.

Après les relations avec la mère, viennent celles avec le père puis avec les autres figures d’autorité (l’instituteur, le chef etc.).

L’imitation, seconde nature

L’opinion dominante, est que l’homme fixe de façon tout à fait autonome son désir sur un objet. Chaque objet convoité possèderait en lui une valeur susceptible de polariser ce désir. En fait ceci est une illusion. Notre perception d’adulte résulte d’un long processus itératif marqué d’apprentissages et d’oublis.

 

La boucle d’échanges bienveillants continue à tourner entre deux personnes (l’enfant et l’adulte) dont les niveaux de compétence sont disproportionnés. L’enfant se rend compte bien vite que la manière de réduire cet écart est d’imiter l’autre et qu’alors il en reçoit une gratification : Papa mange bien sa soupe et quand moi aussi je fais pareil, je reçois des félicitations.

C’est ainsi que s’enracine, se renforce et s’intériorise ce comportement d’imitation du modèle qui va par la suite jouer un rôle de premier plan dans les autres facettes des relations humaines de cette nouvelle personne.

La désignation de l’objet du désir

L’adolescent va continuer ces échanges en diversifiant de plus en plus ses partenaires. Ce n’est plus seulement le comportement du modèle qui est imité et que l’on désire s’approprier, mais ce sont aussi les objets (matériels, symboliques ou autres) que ce modèle me désigne comme désirables : la dernière console de jeu du leader d’opinion de la classe etc.

Le père,

Le chef

Moi

Imitation

Gratification

L’effacement du modèle

Puis vient un moment où il ne voit plus que c’est quelqu’un qu’il admire qui lui a désigné l’objet à désirer. Le modèle s’estompe et peut même ne plus du tout être perçu comme un modèle digne d’être imité. S’installe alors une relation directe avec l’objet désiré et la sensation que c’est mon désir.

Le modèle

Moi

L’objet

Désignation

Le modèle

Moi

L’objet

Désignation

Et là, dans cette course à l’appropriation de l’objet « désiré », il y a deux types d’objets entraînant des comportements fondamentalement différents :

Dans les deux cas le système est instable : dès que les échanges ont commencé, ils s’intensifient de plus en plus.

Seulement dans un cas le résultat est positif,  dans l’autre c’est un déchaînement de violence.

Le modèle

obstacle

Moi

Désir mimétique
Frustration Rivalité

L’objet non partageable

Course au « progrès »
Désir de
différenciation

Le leader d’opinion

Moi

Désir mimétique
Gratification

L’objet partageable

gratification
Désigne

Les objets partageables

Les objets non partageables

Quand des amis ou des voisins ont commencé à se donner des recettes de cuisine, ils trouvent de plus en plus de plaisir à faire profiter les autres de leurs propres découvertes culinaires. L’émulation conduit ainsi les jardiniers amateurs à se donner graines, plants et bonnes astuces, les programmeurs à produire des logiciels bien plus fiables que ceux de Microsoft tout en étant gratuits.

Les lois économiques font fausse route quand elles concernent la diffusion des biens partageables, que ce soit avec le brevetage du vivant ou les droits d’auteur. Il serait bien plus efficace d’imaginer d’autres méthodes pour assurer une rémunération convenable aux créateurs. L’émulation festive est un bien meilleur outil de création que l’appât du gain !

Le drame vient de l’emballement mimétique appliqué aux objets non partageables !  Les deux situations caractéristiques, bien que paraissant de nature très différente, concernent :

 

1) la rivalité amoureuse. Pierre et Paul sont en présence de Marie. Pierre  manifeste son intérêt pour Marie.  Ce faisant il montre à Paul que Marie est objet de désir. Paul, à son tour désire Marie, sans voir que c’est Pierre qui la lui a désignée. Pierre est devenu le modèle à imiter et l’obstacle à la satisfaction de ce désir. C’est ainsi que fonctionnent les grands drames romantiques.

René Girard : « Le sujet éprouve donc pour son modèle un sentiment déchirant formé par l'union de deux contraires qui sont la vénération la plus soumise et la rancune la plus intense. C'est là le sentiment que nous appelons haine »(MRVR)

Quand on voit de jeunes enfants se disputer le même jouet alors qu’il en existe à profusion autour d’eux, c’est exactement le même mécanisme qui est à l’oeuvre !

 

2) la frustration économique. Zidane porte des chaussures Nike, Sarkozy étale ses Rollex et ses Rébane, les Pipolle s’habillent « tendance ». Dans tous ces cas ces vedettes montrent les objets désirables pour le plus grand profit des actionnaires des grandes entreprises. Et grâce à toutes les marionnettes qui se laissent prendre au piège, la course à la surconsommation est lancée, avec son corollaire de frustrations et de misère.

C’est ce que Reiser a bien illustré dans son album « On vit une époque formidable »

sa mère

Le nouveau-né

Le manque - le désir

Désir comblé

Violence et sacré, le Vivant

Mise à jour le 10/03/2010

Plan du site

Etc.